09.05.2012

L’Union Européenne à Buenos Aires visée par une bombe

drapeau européen.jpgUn événement quasi passé inaperçu… et pourtant révélateur du climat actuel entre l’Europe et l’Argentine !

Mardi dernier, 1er mai, une bombe a explosé devant les portes du bâtiment de la délégation de l’Union européenne, dans le chic quartier de Recoleta. Le dispositif  de faible puissance n’a fait aucune victime et seulement quelques dommages matériels.

Toutefois, il traduit bien l’hostilité qui règne actuellement entre l’Europe et l’Argentine. Les relations déjà tendues du fait des freins massifs aux importations se sont encore plus dégradées après l’expropriation de Repsol.

Cette attaque n'a toutefois donné lieu à aucune revendication, à en croire le communiqué de la délégation européenne.

 

 

 

 

 

03.05.2012

YPF et le maté, des symboles argentins

ypf,repsol,expropriation,maté,camporaC’était dans l’air… Le gouvernement Kirchner a, courant avril, exproprié à hauteur de 51% l’espagnol REPSOL qui détenait la compagnie pétrolière argentine YPF. Accusant REPSOL de ne pas avoir suffisamment investi, obligeant ainsi le pays à devoir importer une grande quantité de pétrole, le gouvernement a donc décidé d’être offensif, encore une fois.

YPF qui avait été privatisé, sous Menem, dans les années 90, rentre à nouveau dans le giron de l’Etat. Ce coup d’éclat a bien sûr engendré de très nombreuses réactions. Dans la population argentine, c’est la joie et la fierté qui l’ont emporté, sous la bannière de la « souveraineté argentine ». Côté scène internationale, l’Argentine s’est à nouveau fait copieusement siffler… L’Union Européenne a estimé que l’action du gouvernement de Cristina Kirchner s’apparentait à un « tremblement de terre sur la scène entrepreneuriale internationale ».

En Argentine, on défend la légitimité de cette prise de pouvoir. Aujourd’hui le déficit énergétique argentin s’élève à 3 milliards de dollars et ce, alors même que le pays, recèle de quantités de ressources. REPSOL est ainsi présenté comme le grand coupable de cette dérive qui a conduit le pays à devenir importateur d’or noir. La question est bien sûr de savoir quels sont les moyens dont disposent le gouvernement pour financer tous les investissements nécessaires à une production intensive…

Cette question n’est cependant guère soulevée pour le moment, tant la campagne de communication orchestrée autour de l’expropriation a bien fonctionné. Des affiches innombrables de la Campora ont ainsi envahi les rues de Buenos Aires pour se féliciter de cette victoire argentine. La même Campora invitait la semaine dernière tous les Porteños à se retrouver au Stade Velez pour célébrer le rêve devenu réalité du couple Nestor-Cristina Kirchner. Et la Campora, c’est quoi ? Un mouvement de jeunes engagés politiquement dirigé par le fils Kirchner, Maximo, et ses amis, qui occupent désormais une place de choix dans le gouvernement.

Beaucoup de bruit qui réussit presque à couvrir l’inflation galopante… Toutefois, il y aypf,repsol,expropriation,maté,campora quelques semaines, la situation a été sur le point de s’enflammer. Les prix du maté ont effet soudain violemment augmenté, du fait de la sécheresse qui a durement touché les producteurs de yerba maté. Conscient que la population n’apprécierait guère un renchérissement sévère de ce qui constitue l’un des éléments de son identité, le gouvernement est vite intervenu pour fixer des limites tarifaires. On achète bien le silence du peuple…

Décidément, l’Argentine vit une drôle de période...

 

07.04.2012

Argentine: rêve d’autarcie ou navire qui prend l’eau ?

Le vendredi 30 mars, l’Union Européenne, les Etats-Unis et 12 autres pays ont déposé une plainte contre l’Argentine à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), contre les mesures liées aux limitations d’importations. L’Argentine a aussitôt réagi avec un communiqué à l’encontre de ces pays : "Ils souhaiteraient que nous absorbions la crise dont ils souffrent". Encore une fois, le gouvernement Kirchner ne fait pas dans la demi-mesure.

Si de nombreux pays (y compris les pays ayant déposé la plainte) renforcent les mesures de protection de leur industrie nationale dans un contexte de crise, l’Argentine va toutefois beaucoup plus loin. Devant l’OMC, l’Argentine s’est défendue avec 3 arguments :

  1. La politique commerciale actuelle n’est pas en infraction avec les règles de l’OMC (ce qui reste à prouver !) ;
  2. Les importations en 2011 ont sensiblement augmenté et ce pour toutes les provenances
  3. L’Argentine défend son droit à mener une politique de développement.

Le cœur du problème vient des limitations d’importation extrêmement sévères depuis la mise en place de la Declaracion Jurada Anticipada le 1er février 2012. L’objectif argentin : faire cesser la sortie de devises du pays.

De fait, aujourd’hui acheter des produits importés devient une gageure !

Plusieurs boutiques d’entreprises étrangères ont dû fermer leurs portes, comme Calvin Klein Underwear

limitations, importations, Argentine, OMC, WTO, Declaracion jurada anticipada, protectionnisme, autarcie, livresAutre effet délirant : la fin annoncée de l’importation des livres ! La mesure a provoqué un tollé du monde universitaire et une rebellion très virulente sur facebook et a été rapidement retirée. Toutefois dans les faits, l’Argentine a mis en place une nouvelle norme freinant l’importation de livres, majoritairement en provenance d’Espagne, en raison du problème sanitaire posé par l’encre de certains livres, qui contiendraient du plomb… Délire, on vous le dit ! Et la culture dans tout ça ? Elle l’a dans le baba !

 

Le secrétaire à la culture Jorge Coscia s’est d’ailleurs fait remarquer en affirmant que le gouvernement avait la souveraineté culturelle sur ce qui s’édite ou non 

 

Les effets de ces mesures anti-importations sont par ailleurs très négatifs sur l’industrie argentine même, qui ne peut plus s’approvisionner en machines-outils nécessaires notamment pour l’agriculture ; ou pour certaines industries qui ne peuvent se procurer les pièces indispensables au montage de certains produits !

Les Argentins désormais n’hésitent pas à aller faire leurs courses en Uruguay ou au Brésil, notamment pour tout le petit électro-ménager, les produits « technologiques » (Iphone, routeurs wifi, etc.) ainsi que pour les cosmétiques.

Les mesures à l’emporte-pièce du gouvernement Kirchner traduisent la situation économique et budgétaire extrêmement délicate que traverse le pays. Mais une chose est sûre, elles ne font que colmater des brèches, sans prendre compte du fait que derrière, le fleuve gronde de plus en plus…