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05/02/2012

Réforme de la Constitution argentine, CFK va-t-elle aller jusqu’au bout ?

constitucion-argentina.gifQuand l’on commence à vouloir modifier la constitution d’un Etat pour rester plus longtemps au pouvoir, les citoyens peuvent commencer à s’inquiéter pour le respect de la démocratie… Il faut par exemple demander aux Sénégalais ce qu’ils en pensent.

Or voilà que les kirchnéristes nous parlent d’un rêve de Cristina éternelle. La réforme de la Constitution souhaitée par le parti au pouvoir fait beaucoup jazzer ces derniers jours. La politique argentine n’est-elle pas en train de virer au culte de la personnalité aux dépens des idées et programmes ?

Ojo ! sujet sensible à suivre.


01/02/2012

Argentine, gens et histoire

4e de couverture "Argentine", Pierre KalfonQu’est-ce que l’Argentine ? Qui est l’Argentin ?
C’est à ces deux questions que Pierre Kalfon a essayé de répondre en 1967 dans un ouvrage baptisé sobrement Argentine, que m’a fait découvrir un lecteur* du blog.

1967 direz-vous, voilà un document qui doit être périmé. Vous feriez là une erreur. L’ouvrage pertinent et parfois impertinent de Pierre Kalfon donne une vision d’une étonnante modernité sur le pays. 40 ans d’ailleurs, ce n’est pas toujours le temps suffisant pour qu’un pays connaisse des changements significatifs, surtout lorsque l’histoire s’en mêle, et celle de l’Argentine n’est pas la plus simple loin de là.

L’auteur qui a été directeur des Alliances françaises de Mendoza, Rosario, et Mar del Plata parle en connaisseur et cela se sent. Je livre ici une synthèse de l’ouvrage en deux parties, aujourd’hui, qu’est-ce que l’Argentine ? Demain, qui est l'Argentin ?

Pierre Kalfon  est l’auteur du roman Pampa, paru en 2007

Qu’est-ce que l’Argentine ?
pampa-pierre-kalfon.jpg
L’Argentine, c’est avant tout la Pampa. C’est elle qui a fait de l’Argentine ce qu’elle est aujourd’hui. La pampa, c’est cette région immense qui s’étend de Buenos Aires jusqu’à la Patagonie. Des milliers de km2 entièrement plats, un désert de pâturage. En 1536, Pedro de Mendoza introduit le cheval en Argentine ; cet animal sera l’un des héros de la pampa, en donnant naissance aux mythiques gauchos.

Environ 20 ans plus ans, en 1556, un autre animal débarque de la lointaine Europe : la vache (introduite par les Frères Goes via le Brésil). L’histoire de l’Argentine est lancée. Le ruminant prend bientôt ses quartiers dans la pampa. Il se multiplie sans cesse, la viande devient l’aliment le plus accessible, et la folie de l’exportation bovine peut commencer, parallèlement au commerce du cuir.

Les colons espagnols rêvaient d’une terre où l’argent coulait à flot (l’Argentine et le Rio de la Plata tiennent leur nom du précieux métal qui en fait venait de Bolivie), ils découvrent que la vraie richesse c’est ce terrain immense où paissent les bovidés.

Mais finalement, ce qu’il faut se demander c’est si ce développement considérable de l’élevage, et l’afflux de devises qui allait avec, n’a pas représenté une « malédiction » pour le pays ?

A la fin du XIXe, alors que l’Europe s’est industrialisée à marche forcée, l’Argentine reste un producteur agricole et devient importateur des biens manufacturés européens. Le pays est certes développé, mais « mal développé ».

La société argentine, elle aussi, se structure autour des richesses liées à l’élevage. Les immigrés de la première heure s’accaparent les terres ; des latifundias gigantesques font leur apparition, et des fortunes considérables se font jour. Lorsque les grandes vagues d’immigration débutent (1880), c’est déjà trop tard pour acheter des terrains. Les nouveaux venus s’installent dans les villes (c’est l’essor de Buenos Aires qui sera bientôt tentaculaire) et occupent des postes dans l’administration et les « services ». La classe moyenne argentine émerge.

En 1914, alors que la 1ère guerre mondiale ravage l’Europe, l’Argentine est, en comparaison avec le reste de l’Amérique latine le pays le plus urbanisé, le plus alphabétisé,  et le plus fortement capitalisé ; son réseau ferroviaire compte parmi les 7 meilleurs du monde, MAIS elle n’a pas d’industrie.

Ainsi quand la crise de 1929 survient, le système d’un coup s’effondre. Les Etats-Unis et l’Europe, principaux importateurs de viande et de céréales locales, ne sont plus en mesure d’acheter argentin.
Le pays entre dans une ère de fortes turbulences, qui ne cessera pas vraiment jusqu’à l’avénément de la démocratie en 1982. Pierre Kalfon parle des années 30, comme le début du « golpismo » (de golpe : coup). Coup d’Etat, coup de force, coup de main, la prise du pouvoir se fait désormais de manière le plus souvent illégitime, quand ce n’est pas tout simplement violent.

Cette période coïncide toutefois avec la naissance progressive d’une industrie argentine, pour faire face à la crise mondiale. Une classe ouvrière se développe, c’est le terrain parfait pour l’arrivée du général Perón, en 1946. Aux côtés de sa femme Evita, il fait vivre le mythe d’une Argentine puissante et prospère.

Mais à la chute de Perón en 1955, l’Argentine doit constater qu’elle ne dispose toujours pas de l’industrie lourde, des transports, et de l’énergie suffisante pour revendiquer un statut de puissance industrielle. Elle reste bel et bien dépendante des exportations pour de nombreux biens et équipements.

En 1966, après une décennie tumultueuse, prend le pouvoir le général Ongania. C’est le début d’une vraie dictature, avec chasse aux communistes, dissolution de tous les partis, suppression de l’autonomie des universités. Parallèlement, une économie libérale se met en place, avec le retour en grande force des capitaux américains. Le pétrole est privatisé, tout comme les banques commerciales. 

L’ouvrage de Pierre Kalfon s’achève sur cet épisode historique. L’Argentine qu’il dépeint est une Argentine très divisée ; en 1973, elle élira de nouveau Perón dans un contexte tendu. Un an après, il meurt, laissant sa femme Isabel Perón au pouvoir. Bientôt une junte militaire dirigée par Videla fait un coup d’Etat. C’est le début d’une tragique dictature qui fera disparaître près de 30 000 opposants et  qui ne s’achèvera qu’en 1982, avec la défaite lors de la guerre des Malouines. S’ouvre alors une nouvelle page démocratique, qui en 2001 connaîtra une crise très profonde et ménera à l'avénement des Kirchner.


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Demain, le portrait de l’Argentin !

 

* Merci Patricio !

18/01/2012

Inflation 2011 en Argentine

On l’attendait, l’Indec l’a fait. L’institut de statistiques argentin vient de publier le taux d’inflation 2011. Selon cet institut, la hausse des prix aurait été en 2011 de 9,5 %, un taux que les observateurs qualifieront d’étrangement bas… Non pas qu’il soit en bas en valeur absolue, mais que la réalité semble toute autre. Et de s’interroger : quand les statistiques officielles reflèteront-elles enfin ce que chacun peut constater chaque jour ? Le consommateur, lui, pensera surtout : quand les prix arrêteront-ils enfin de grimper ?


Billetes-Pesos.jpgCela fait désormais près de 8 ans que les prix ne cessent de s’emballer. Si l’Indec annonce presque chaque année un taux d’inflation inférieur à 10%, de nombreux organismes qui évaluent l’inflation argentine l’estime entre 20 et 30% par an.

En octobre dernier, le FMI en la personne de Christine Lagarde avait d’ailleurs tapé du poing sur la table, et annonçait qu’il ne reconnaissait pas la validité des perspectives de croissance économiques argentines, telles que présentées par le gouvernement de Cristina Kirchner, et ce en raison de l’inflation dissimulée.

L’inflation en Argentine est à ce point un sujet récurrent de discussion qu’il existe un site web éponyme ! Sur la page http://www.tasadeinflacion.com.ar, on est ainsi régulièrement informé de l’état de l’inflation, ce phénomène que d’aucuns appelleraient un fléau. Une autre page baptisée inflation réelle, http://www.inflacionverdadera.com/, contrebalance les statistiques officielles.

Le sujet de l’inflation est tout à fait sérieux, toutefois il est permis de rire lorsque l’on lit dans le Pagina 12 du 14 janvier la phrase suivante : « En décembre [2011], selon l’Indec, les biens qui ont le plus augmenté sont la carotte, la laitue, et le taxi » ! Imaginons la scène chez le primeur : « Vous me donnerez 1 kilo de carottes, deux laitues, et 400 g de taxi » ;-)
De fait, nous l’avions signalé sur ce blog, les prix du taxi à Buenos Aires ont augmenté en fin d’année de 26%. Excusez du peu.

Mais c’était là sans compter sur une autre sympathique augmentation, celle du métro, qui a eu lieu il y a quelques jours de cela. Avec le transfert de la gestion du Subte, du gouvernement national au gouvernement local (de Macri), le prix est passé du jour au lendemain de 1,10 peso à 2,50 pesos. Taux d’inflation de 127%, qui dit mieux ? Bien qu’effectivement le prix des transports publics semblât de plus en plus déconnecté des niveaux de prix pratiqués dans les autres secteurs de l’économie, cette augmentation brutale a eu une répercussion immédiate : les métros se sont vidés et les organisations politiques, sociales et syndicales ont annoncé à Macri un véritable bras de fer (dont on peut toutefois penser qu’il sera perdu, la justice ayant déjà fait savoir qu’elle soutenait le gouvernement de Buenos Aires).

Une chose est certaine, l’inflation ronge toujours plus le pouvoir d’achat de la classe moyenne argentine, à tel point qu'on peut se demander si elle n'est pas en voie d'extinction.

26/12/2011

Le soja en Argentine : turbo économique… mais à quel prix ?

S’il est bien connu que l’Argentine est un pays dont l’économie est en partie tirée par la puissance de son secteur agricole (incluant l’élevage) , on imagine le plus souvent d’immenses étendues de terre où paissent tranquillement des vaches.

Pourtant, si la viande bovine reste effectivement un produit d’exportations de première importance, ces dernières années c’est le soja qui est devenu la priorité du secteur agricole.

Les surfaces cultivées avec du soja représentent aujourd’hui environ 18 millions d’hectares (soit plsu de 50% de l’ensemble des terres cultivées). Les provinces où la culture d’oléagineux est la plus développée sont : Buenos Aires, Cordoba, Santa Fe, Entre Rios et la Pampa.

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Champ de soja à Corboba (Source)



Le ministère de l’agriculture a récemment confirmé que ses prévisions pour la campagne 2011-2012 étaient de 19 millions d’hectares de terres dédiées à la culture du soja, et ce malgré un niveau de pluviométrie peu satisfaisant au cours des derniers mois.

En 2011, d’après les chiffres de l’INDEC, institut des statistiques argentines, les exportations liées au soja représentent 19 milliards de dollars, soit 25% du montant global des exportations, c’est dire tous les enjeux portés par la culture de ces oléagineux (source : tableau des exportations de l’INDEC. Dans le tableau, les lignes qui concernent le soja sont les lignes 9, 13, et 19). Parmi les plus grands importateurs de soja argentins, les deux géants asiatiques : Chine et Inde.

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Si la culture du soja s'est aujourd'hui particulièrement intensifiée, c'est que cet oléagineux possède de nombreux usages :
- l’énergie : le soja est un agrocarburant
- l’alimentaiton humaine (huile de soja, lait de soja, tofu, etc.) ;
- l'alimentation animale (tourteaux de soja avec haute teneur en protéines)



La question de la culture massive du soja en Argentine appelle bien sûr un autre sujet, celui des OGM. Car le soja planté ici est transgénique. L’Argentine se positionne d'ailleurs juste derrière les Etats-Unis, comme 2e pays plus gros producteur d’OGM destinés au commerce.

Quant à l’entreprise qui a implanté le soja transgénique en Argentine, pas de surprise, il s'agit de l’incontournable Monsanto. Toutefois, ne disposant pas d'un brevet valide sur le territoire argentin, la multinationale américaine ne bénéficie pas des énormes gains engrangés par l'industrie du soja argentine (Monsanto a intenté plusieurs procés à l'Argentine à ce sujet; pour plus d'infos, cliquer ici + commentaires) 

En 2006, un article édifiant du Monde diplomatique faisait le bilan du développement du soja transgénique : si la réussite économique est bien au rendez-vous, et à quel point, les conséquences sanitaires et écologiques sont dramatiques.
(Lire l’article « Argentine, un cas d’école »)

 

Et les critiques ou scandales liés au soja ne semblent pas prêts de s'arrêter.

Il y a un peu plus d'un mois, la section danoise de Greenpeace a dénoncé avec vigueur la culture du soja transgénique en Argentine, créant un incident diplomatique entre les deux pays.

Plus récemment encore, ce lundi 26 décembre, le quotidien Pagina 12 rapportait un nouveau scandale lié à la culture du soja. Dans la ville de Esteban Echevarria, située à 30 minutes de Buenos Aires, la société immobilière Creaurban S.A. (qui utilise une partie de ses terrains pour la culture du soja) a répandu du Glisofato, un puissant herbicide, sur un terrain situé à l’orée d’un quartier résidentiel (propriété de la même Creaurban S.A…. scrupules, vous avez dit scrupules ?).

S’en sont suivies une invasion de cafards, ainsi que des réactions dermatologiques quasi-immédiates chez certains habitants du quartier. Faut-il préciser que l’utilisation de cet herbicide est interdite proche des zones habitées ?

Quant à l’entreprise Creaurban S.A., a-t-elle vraiment du souci à faire ? Elle est directement liée à Mauricio Macri, actuel gouverneur de Buenos Aires.
Ethique et pouvoir….


21/12/2011

Le "Industria argentina", modèle possible pour le "made in France" ?

Alors qu’en France, les candidats à la présidentielle se sont trouvé comme cheval de bataille, le "made in France", qui permettrait de relancer l’industrie locale, peut-être vont-ils prochainement se pencher sur les méthodes argentines, qui en matière de protectionnisme est loin d’être la première venue!

Ici le label "Industria argentina" est omniprésent, et généralement tout ce qui est "made in… elsewhere" est aussitôt beaucoup plus cher. De fait, les barrières à l’entrée sont en Argentine très importantes, avec un système de taxation qui aussitôt rend les produits étrangers très peu compétitifs ; de plus l’Argentine a mis en place des mesures visant à freiner les importations (en ralentissant considérablement l’autorisation des licences). En 2009, un rapport de l’UE classait d’ailleurs l’Argentine, comme le 2e pays le plus protectionniste du monde (derrière la Russie).

barrière blanche.jpg
Un état de fait, qui non seulement concernait l’UE mais également les voisins directs de l’Argentine, tels que le Brésil, dont l’Argentine surveille sans aucun doute l’expansion économique. Début décembre 2011, le vice-président uruguayen, Danilo Astori, critiquait d’ailleurs les politiques protectionnistes de l’Argentine et du Brésil.

Selon lui, le Mercosur, le marché économique sud-américain, traverserait l’un de ses pires moments. Une déclaration, qui ne manquera pas de faire grincer des dents, au moment où les pays d’Amérique latine viennent de lancer une nouvelle organisation, la CELAC, dont l’un des buts affichés est, aux côtés du Mercosur, de renforcer l’intégration commerciale en Amérique latine.

Suite à sa réélection en octobre dernier, Crisitina Fernandez de Kirchner a par ailleurs mis en place un Secrétariat du commerce extérieur, rattaché au ministère de l’Economie, et dirigé par Beatriz Paglieri. Cette nouvelle instance a aussi été présentée dans les médias comme un nouvel acteur visant à renforcer le protectionnisme argentin.

Parmi les entreprises ayant dû s’adapter aux mesures argentines, on peut citer Blackberry, qui s’est trouvé à obliger à produire sur le territoire argentin, pour parvenir à vendre ses téléphones à des prix compétitifs. Et en effet, rien de tel que de bonnes barrières à l’importation, pour forcer les entreprises étrangères à produire sur le territoire où elles veulent vendre !

Sans aucun doute, Cristina Kirchner se ferait un plaisir de conseiller le futur président français sur les mesures à mettre en œuvre pour développer le « made in France » !


Plus d’informations sur le protectionnisme argentin :
> L'Argentine importe des Porsche contre des exportations de vin
> Rapport 2009 de l'UE
> article de Pagina 12 "Se freno la invasion", en date du 22 décembre