26.02.2012
The Artist et son actrice argentine...
Si le film de Michel Hazanavicius, The Artist, remporte ce soir l'oscar du meilleur film, l'Argentine pourra un peu s'en enorgueillir !
En effet, Bérénice Béjo, l'actrice principale du film possède la double nationalité. Elle est née en 1976 à Buenos Aires, que ses parents ont fui 3 ans plus tard durant la dictature militaire.
19:42 Publié dans Culture argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bérénice béjo, argentine
23.02.2012
L'Argentine sous le trait de Pénélope Bagieu
Pénélope Bagieu, auteur de BD désormais cultes (Ma vie est tout à fait fascinante; Joséphine), était en vacances en Argentine, il y a peu. Elle a croqué le pays et ses habitants sous sa délicieuse plume.
Drôles et percutantes, ses planches sur la "bouffe", Buenos Aires, et la découverte du pays, en raviront plus d'un !
(dessin extrait de la plance L'Argentine#1)
20:36 Publié dans Culture argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pénélope bagieu, argentine
Sécheresse d'Iphone en Argentine !
C'est le Wall Street Journal qui utilise l'expression. La sécheresse en question est le résultat de la politique ultra-protectionniste pratiquée par le gouvernement. L'Iphone n'étant pas produit en Argentine, il n'y sera pas vendu !
Si Blackberry s'est pliée aux règles du jeu en installant une usine en Terre de Feu, Apple ne souhaite pas franchir ce pas.
Comme nous le soulignions déjà dans un précédent article, c'est bien le consommateur argentin qui in fine fait les frais des mesures visant à équilibrer la balance commerciale argentine.
20:23 Publié dans Economie argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : protectionnisme, argentine, iphone
22.02.2012
Dramatique accident de train à la station Once de Buenos Aires
La gare de Once n’en a donc pas fini avec les tragédies. Située en plein centre-ville de Buenos Aires, elle avait été en 2004 sous le feu des projecteurs, après un terrible incendie dans la boîte de nuit Cromañon, installée dans un local contigu à la gare. 194 personnes avaient péri la veille de la Saint-Sylvestre.
Ce matin, c’est en pleine heure de pointe, qu’un train entrant en gare a semble-t-il connu une défaillance au niveau de son système de freins. Le train de la ligne Sarmiento qui reliait la ville de Moreno (banlieue ouest de Buenos Aires) au centre de la capitale, a donc fini sa course contre l’un des quais de la station, tous les wagons venant ensuite s’encastrer les uns dans les autres. A l’heure actuelle 49 morts et plus de 600 blessés sont à déplorer, ce qui fait de cet accident ferroviaire le 2e le plus grave de l’histoire du pays.
Ce dramatique accident en plein coeur de Buenos Aires survient à peine quelques mois après une collision entre un bus et un train, à l’un des passages à niveau de la capitale. L’accident avait fait 11 morts et 200 blessés.
Les transports ferroviaires argentins sont marqués par un niveau de vétusté très élevé, une maintenance des voies questionnable, et une absence manifeste de travaux d’ampleur pour sécuriser les passages des trains dans les villes.
Alors qu’au tournant du XXe s., l’Argentine était le pays d’Amérique du Sud le plus avancé en matière de développement ferroviaire, peu à peu le train a été délaissé au profit des omnipuissants colectivos et micros (bus de ville ou longue distance). Le dramatique accident de ce matin va-t-il enfin faire avancer la réflexion sur ces infrastructures, essentielles pour des milliers et des milliers de porteños ?
>> L'accident de train de Once dans la presse argentine :
Pagina 12
La Razon
Clarin
19:26 Publié dans Vie quotidienne en Argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : accident, train, once, buenos aires, linea sarmiento, infrastructures, tragédie ferroviaire
10.02.2012
Malouines, l’Argentine ne désarme pas
Dans un précédent post, nous faisions état du regain de tensions visible dès 2011, entre l’Argentine et le Royaume-Uni, au sujet des Malouines (Falklands). Le sujet n’a depuis cessé d’occuper le devant de la scène.
Après avoir convaincu ses partenaires du Mercosur d’empêcher l’accès de leurs ports aux bateaux battant pavillons « Falklands », l’Argentine chercherait à bloquer l’unique vol qui relie chaque semaine les Malouines au continent. Le vol est opéré par LAN et assure la liaison Punta Arenas (Chili) – Port Stanley (Malouines), en passant par l’espace aérien argentin.
Le « blocus commercial », imposé du fait de l’impossibilité pour les bateaux d’effectuer l’aller-retour entre les îles et la côte atlantique, limite déjà l’approvisionnement pour certaines denrées. Si, de fait, le vol de LAN devenu l’unique accès au continent est désormais coupé, la situation pourrait très rapidement devenir compliquée pour les habitants des Malouines.
Alors que cette année coïncide avec le 30e anniversaire de la guerre, Cristina Fernandez de Kirchner fait des Malouines un sujet brûlant… et feu de tout bois ! L’annonce concernant le vol de LAN est intervenue suite à l’envoi par la marine anglaise d’un de ses bateaux de guerre les plus modernes, le HMS Dauntless (photo), dans les eaux territoriales des Falklands. La présidente argentine a très fermement condamné la présence de ce navire militaire, ce à quoi le gouvernement Cameron a répondu que le HMS Dauntless était dans l’Atlantique Sud pour 6 semaines, dans le cadre d’exercices prévus depuis des mois. L’arrivée de ce navire, à bord duquel se trouve le Prince William, était en effet connu depuis le dernier trimestre 2011.
Il y a fort à parier que le gouvernement Kirchner va continuer d’intensifier ses prises de position diplomatiques en faveur des Malouines dans les semaines à venir. Le conflit avait été déclenché le 2 avril 1982 ; le 2 avril 2012 pourrait donc être le point d’orgue de la campagne kirchnériste.
Et pendant ce temps-là, comment va l’économie argentine ? Protectionnisme et contrôle des devises renforcés, baisse drastique des subventions publiques, inflation permanente…
En savoir plus :
- Les Malouines souffrent déjà du blocus commercial (La Nación)
- Londres craint le blocus économique argentin aux Malouines (RPP, Pérou)
- [CFK] Aux Nations-Unies contre la militarisation des Iles (Pagina 12)
00:12 Publié dans Politique argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blocus économique, malouines, argentine, falklands, militarisation, conflit, hms dauntless
09.02.2012
Un poète au paradis : Adieu Spinetta !
L’Argentine a de grands poètes, et certains sont des rockers !
L’un deux, Luis Alberto Spinetta, véritable légende du rock argentin, s’en est allé hier.
El Flaco (le maigre), comme il est surnommé ici, laisse d’innombrables tubes aux Argentins qui, depuis ce matin, se sentent un peu orphelins.
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Asilo en tu corazon
(Luis Alberto Spinetta)
Un rumor adormece toda marea en mí
y a la vez yo te grito sin poderte gritar
mientras tanto alguien nos prejuzga
sin ninguna razón
piedra sobre piedra, nada importa ya.
Oh! mi amor yo te choco debilmente
bajo un sol de mañana desesperada
y me veo partir
soy un barco que se hace a la mar
y en todo retorno un cambio nacerá.
Y en tu nombre
yo brindo en la nada vestido de gris
en tu nombre
me quito las llamas de un cuerpo que fuí
en tu nombre
habrá que seguir y seguir y seguir
y seguir pidiendo por siempre
un asilo en tu corazón.
Sólo amar
sólo amar hasta perder la noción
y así doblar
por esta esquina que confluye hacia el sur
que es como un espejo
espejo que marcó las lágrimas de hoy
y en todo retorno un cambio nacerá.
Y en tu nombre
yo brindo en la nada vestido de gris
en tu nombre
me quito las llamas de un cuerpo que fuí
en tu nombre
habrá que seguir y seguir y seguir
y seguir pidiendo por siempre
un asilo en tu corazón.
13:21 Publié dans Culture argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : luis alberto spinetta, el flaco
07.02.2012
Etre importateur en Argentine : un challenge de plus en plus relevé
L’Argentine n’en finit pas de chercher des moyens pour équilibrer sa balance commerciale. Déjà adepte des mesures protectionnistes, le gouvernement vient d’en rajouter une à son arsenal. Depuis le 1er février, toutes les entreprises importatrices installées en Argentine doivent se soumettre au régime de la Declaración Jurada Anticipada de Importacion (mise en place par l’AFIP).
La DJAI comporte notamment la valeur des biens importés, le type et la quantités des biens importés, l’état de la marchandise, le pays d’origine (de fabrication) et le pays d’où la marchandise arrive.
Parallèlement à la DJAI, les importateurs devront faire parvenir au Secrétariat du Commerce Extérieur une demande dans laquelle ils précisent ce qu’ils souhaitent acheter à l’extérieur.
Les importateurs ont rapidement fait part de leurs inquiétudes quant aux délais de traitement des demandes dans ce contexte de contrôle renforcé, et quant aux éventuelles causes de refus de la part des instances gouvernementales.
Très rapidement, certains pays du Mercosur, dont le Brésil et l’Urugay, ont également manifesté quelques interrogations à l’égard de la DJAI, qui semble peu compatible avec l’idée du Mercosur. Pour apaiser rapidement les craintes, une réunion a été organisée aujourd’hui même entre la secrétaire du commerce extérieur argentine, Beatriz Aglieri , et son homologue brésilienne Tatianza Prazeres. C’est le sujet de l’industrie automobile qui a été le cœur de cette première rencontre ; une 2e suivra dans deux semaines.
L’AFIP et le Secrétariat du Commerce Extérieur insistent sur la nécessité de lutter contre le déficit commercial de l’Argentine. Quant au consommateur argentin, ne sera-t-il pas le grand perdant de toutes ces tractations ?
> Consulter la circulaire d'application de la Declaración Jurada Anticipada de Importacion (DJAI)
02:02 Publié dans Economie argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : djai, declaracion jurada anticipada, protectionnisme, argentine, balacne commerciale, lutte contre le déficit
05.02.2012
Réforme de la Constitution argentine, CFK va-t-elle aller jusqu’au bout ?
Quand l’on commence à vouloir modifier la constitution d’un Etat pour rester plus longtemps au pouvoir, les citoyens peuvent commencer à s’inquiéter pour le respect de la démocratie… Il faut par exemple demander aux Sénégalais ce qu’ils en pensent.
Or voilà que les kirchnéristes nous parlent d’un rêve de Cristina éternelle. La réforme de la Constitution souhaitée par le parti au pouvoir fait beaucoup jazzer ces derniers jours. La politique argentine n’est-elle pas en train de virer au culte de la personnalité aux dépens des idées et programmes ?
Ojo ! sujet sensible à suivre.
14:31 Publié dans Politique argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : constitution, argentine, réforme, reforma de la constitucion
03.02.2012
Qui est l’Argentin ?
(suite de la synthèse de l'ouvrage de Pierre Kalfon, Argentine)
Qui est-il cet individu d’Amérique latine qui se présente souvent comme Européen ? Dans un schéma amusant, Pierre Kalfon résume très bien les mélanges nombreux qui ont donné naissance à l’Argentin et à son tempérament sans pareil (cliquez sur l'image, pour la voir en grand).
S’y croisent les influences indiennes, espagnoles, françaises, italiennes, juives, le caractère du gaucho...
Le rêve du président Sarmiento (1868-1874) de faire venir en Argentine une colonisation anglo-saxonne et nordique a bien échoué ! Car à la fin du XIXe, ce sont les Napolitains qui arrivent en masse et font apparaître le « type italo-argentin »
« Tournant le dos à ses voisins [avec la cordillère], orientée vers un Sud qui ne conduit nulle part, tendue, splendide et sourde aux confins du monde, l’Argentine est une île »... et ses insulaires, très souvent d’une étonnante superbe, pour ne pas dire arrogance ! Pierre Kalfon, souligne à raison (c’est encore le cas) que l’ "Indio" est méprisé par l’Argentin de souche européenne.
Au-delà du métissage qui donne naissance au « criollo », l’Argentin dispose de traits de caractères spécifiques. Kalfon le dit pragmatique et nonchalant, un trait qui n’a point changé ! L’Argentin de 2012 est toujours aussi débrouillard et orienté vers les solutions pratiques ; quant à sa nonchalance, Kalfon la fait remonter à l’accès "simplisimo" à la nourriture. Pendant très longtemps, l’Argentin pour ainsi dire n’a qu’à se pencher pour trouver à manger… de la viande par kilo !
Mais l’Argentin est un « type » complexe. Pierre Kalfon parle d’une inquiétude métaphysique, qui engendre une certaine paresse, symbolisée par l’expression « Total, par qué ? » au final, ça sert à quoi ?
Il s’appuie notamment sur le fameux livre de Raul Scalabrini Ortiz El hombre que esta solo y espera
(L’homme qui est seul et attend/espère). Cet ouvrage paru e 1931 connut un extraordinaire succès et trace un très intéressant portrait psycho-social du porteño. Car parmi tous les Argentins, l’habitant de Buenos Aires est un cas particulier. Le porteño (qui représente aujourd’hui 1/3 de la population) a un comportement distinct.
C’est un homme foncièrement urbain mais marqué par « l’esprit de la terre », par l’esprit de cette pampa, immense territoire aux horizons et aux cieux sans fin, qui lui font prendre conscience de la finitude face au passage du temps, et ont tendance à l’inciter à l’inaction.
C’est aussi un homme seul (et comment peut-on se sentir plus seul que dans la pampa), mais qui cherche constamment à échapper à la solitude et au silence. C’est pour cela, selon Pierre Kalfon, pour oublier cette condition, que la radio [et aujourd’hui, on peut rajouter la télé !] est partout à bloc, y compris dans les lieux publics. C’est aussi pour cela que le porteño a tendance à vouloir partout se fondre dans la foule, celle de la Ville, celle des vacances. Mar del Plata surgit comme paroxysme de ce comportement grégaire : s’agglutiner pour ne plus sentir sa solitude.
C’est un homme d’improvisation et non de plan, un homme qui suit son instinct. Le porteño ne pense pas, il sent. Il méprise la vanité de l’intellectuel.
Ce que ne dit pas Kalfon, c’est l’analyse faite par Scalabrini Ortiz de l’influence des capitaux étrangers sur le caractère porteño. L’habitant de Buenos Aires a développé une méfiance instinctive face au capitalisme mondial, et Scalbarini Ortiz n’hésite pas à dénoncer les hommes politiques argentins qui s’y associent en pensant que le pays leur appartient. Ce trait est particulièrement intéressant, car il est toujours aussi vif aujourd’hui. Il suffit de voir l’opinion générale des Argentins, vis-à-vis des Etats-Unis et d’institutions, tels que le FMI et la Banque mondiale.
Le porteño se présente ainsi comme un nationaliste anti-impérialiste… et c’est peut-être aussi pour cette raison que le sujet des Malouines reste aussi sensible auprès de la population.
Au final, le porteño est un homme conscient de la fragilité de ce qui l’entoure, et qui malgré sa solitude, porté par el « esperitu de la tierra », se réconforte dans le bavardage amical dans un café ; il réhumanise la vie grâce au langage.
N’est-ce pas exactement ça le charme argentin ? Cette parole tendue en permanence ?
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Autre trait distinct de l’Argentin : c’est une personne qui s’en remet souvent au hasard. Pierre Kalfon pointe ainsi le nombre extraordinaire de kiosques de loterie… toujours visibles aujourd’hui ! Une attitude qui peut s’expliquer notamment par les multiples soubresauts du pays ; demain est imprévisible, incalculable. Il faut juste espérer (que les choses s’arrangent)
Peut-être en raison des multiples troubles qu’a connus le pays, « personne ne fait confiance à personne », ce qui ne simplifie pas forcément les relations de business ! Kalfon qui anticipe là les questions interculturelles soulignent l’importance pour les entreprises étrangères, d’avoir leur avocat argentin pour « faciliter » les négociations !
Selon l'auteur, l’Argentin souffre de ce que le pays aurait dû être et qu’il n’est pas devenu. Et à dire vrai, nombreux sont les Argentins que j’ai rencontrés (ceux des générations anciennes toutefois) qui se montrent assez amers sur l’histoire de leur pays.
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Evidemment, la vision de Kalfon sur l’Argentin ne pouvait éviter le dimanche, consacré à l’asado ou au football, deux « passions » si ancrées dans l’âme argentine.
Finalement, la seule analyse du livre qui ne tient peut-être plus aujourd’hui, c’est celle qui concerne la relation de l’Argentin à l’Eglise. Kalfon décrit l’Argentine comme un « pays païen ». Sans doute n’avait-il pas prévu l’extraordinaire essor des Eglises évangélistes.
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40 ans après sa sortie, on peut estimer que le portrait tiré par Kalfon est toujours d'actualité, l'Argentin fidèle à son essence !
01:11 Publié dans Histoire argentine, Société argentine - questions sociales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.02.2012
Argentine, gens et histoire
Qu’est-ce que l’Argentine ? Qui est l’Argentin ?
C’est à ces deux questions que Pierre Kalfon a essayé de répondre en 1967 dans un ouvrage baptisé sobrement Argentine, que m’a fait découvrir un lecteur* du blog.
1967 direz-vous, voilà un document qui doit être périmé. Vous feriez là une erreur. L’ouvrage pertinent et parfois impertinent de Pierre Kalfon donne une vision d’une étonnante modernité sur le pays. 40 ans d’ailleurs, ce n’est pas toujours le temps suffisant pour qu’un pays connaisse des changements significatifs, surtout lorsque l’histoire s’en mêle, et celle de l’Argentine n’est pas la plus simple loin de là.
L’auteur qui a été directeur des Alliances françaises de Mendoza, Rosario, et Mar del Plata parle en connaisseur et cela se sent. Je livre ici une synthèse de l’ouvrage en deux parties, aujourd’hui, qu’est-ce que l’Argentine ? Demain, qui est l'Argentin ?
Pierre Kalfon est l’auteur du roman Pampa, paru en 2007
Qu’est-ce que l’Argentine ?
L’Argentine, c’est avant tout la Pampa. C’est elle qui a fait de l’Argentine ce qu’elle est aujourd’hui. La pampa, c’est cette région immense qui s’étend de Buenos Aires jusqu’à la Patagonie. Des milliers de km2 entièrement plats, un désert de pâturage. En 1536, Pedro de Mendoza introduit le cheval en Argentine ; cet animal sera l’un des héros de la pampa, en donnant naissance aux mythiques gauchos.
Environ 20 ans plus ans, en 1556, un autre animal débarque de la lointaine Europe : la vache (introduite par les Frères Goes via le Brésil). L’histoire de l’Argentine est lancée. Le ruminant prend bientôt ses quartiers dans la pampa. Il se multiplie sans cesse, la viande devient l’aliment le plus accessible, et la folie de l’exportation bovine peut commencer, parallèlement au commerce du cuir.
Les colons espagnols rêvaient d’une terre où l’argent coulait à flot (l’Argentine et le Rio de la Plata tiennent leur nom du précieux métal qui en fait venait de Bolivie), ils découvrent que la vraie richesse c’est ce terrain immense où paissent les bovidés.
Mais finalement, ce qu’il faut se demander c’est si ce développement considérable de l’élevage, et l’afflux de devises qui allait avec, n’a pas représenté une « malédiction » pour le pays ?
A la fin du XIXe, alors que l’Europe s’est industrialisée à marche forcée, l’Argentine reste un producteur agricole et devient importateur des biens manufacturés européens. Le pays est certes développé, mais « mal développé ».
La société argentine, elle aussi, se structure autour des richesses liées à l’élevage. Les immigrés de la première heure s’accaparent les terres ; des latifundias gigantesques font leur apparition, et des fortunes considérables se font jour. Lorsque les grandes vagues d’immigration débutent (1880), c’est déjà trop tard pour acheter des terrains. Les nouveaux venus s’installent dans les villes (c’est l’essor de Buenos Aires qui sera bientôt tentaculaire) et occupent des postes dans l’administration et les « services ». La classe moyenne argentine émerge.
En 1914, alors que la 1ère guerre mondiale ravage l’Europe, l’Argentine est, en comparaison avec le reste de l’Amérique latine le pays le plus urbanisé, le plus alphabétisé, et le plus fortement capitalisé ; son réseau ferroviaire compte parmi les 7 meilleurs du monde, MAIS elle n’a pas d’industrie.
Ainsi quand la crise de 1929 survient, le système d’un coup s’effondre. Les Etats-Unis et l’Europe, principaux importateurs de viande et de céréales locales, ne sont plus en mesure d’acheter argentin.
Le pays entre dans une ère de fortes turbulences, qui ne cessera pas vraiment jusqu’à l’avénément de la démocratie en 1982. Pierre Kalfon parle des années 30, comme le début du « golpismo » (de golpe : coup). Coup d’Etat, coup de force, coup de main, la prise du pouvoir se fait désormais de manière le plus souvent illégitime, quand ce n’est pas tout simplement violent.
Cette période coïncide toutefois avec la naissance progressive d’une industrie argentine, pour faire face à la crise mondiale. Une classe ouvrière se développe, c’est le terrain parfait pour l’arrivée du général Perón, en 1946. Aux côtés de sa femme Evita, il fait vivre le mythe d’une Argentine puissante et prospère.
Mais à la chute de Perón en 1955, l’Argentine doit constater qu’elle ne dispose toujours pas de l’industrie lourde, des transports, et de l’énergie suffisante pour revendiquer un statut de puissance industrielle. Elle reste bel et bien dépendante des exportations pour de nombreux biens et équipements.
En 1966, après une décennie tumultueuse, prend le pouvoir le général Ongania. C’est le début d’une vraie dictature, avec chasse aux communistes, dissolution de tous les partis, suppression de l’autonomie des universités. Parallèlement, une économie libérale se met en place, avec le retour en grande force des capitaux américains. Le pétrole est privatisé, tout comme les banques commerciales.
L’ouvrage de Pierre Kalfon s’achève sur cet épisode historique. L’Argentine qu’il dépeint est une Argentine très divisée ; en 1973, elle élira de nouveau Perón dans un contexte tendu. Un an après, il meurt, laissant sa femme Isabel Perón au pouvoir. Bientôt une junte militaire dirigée par Videla fait un coup d’Etat. C’est le début d’une tragique dictature qui fera disparaître près de 30 000 opposants et qui ne s’achèvera qu’en 1982, avec la défaite lors de la guerre des Malouines. S’ouvre alors une nouvelle page démocratique, qui en 2001 connaîtra une crise très profonde et ménera à l'avénement des Kirchner.
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Demain, le portrait de l’Argentin !
* Merci Patricio !
22:50 Publié dans Histoire argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre kalfon, argentine, pampa, juan peron, elevage, vaches, mendoza, gauchos


