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25/04/2015

Documentaire « Cuarenta Balas » : à voir !

Une fois n’est pas coutume, voici une petite recommandation ciné. Le ciné Gaumont (plaza del Congreso) donne en ce moment le documentaire « Cuarenta balas » sur l’Affaire Fischer-Bufano, du nom de deux jeunes militants de gauche assassinés en 1974.

Pourquoi faut-il voir ce film ? Parce qu’il fait découvrir une période assez méconnue de l’Argentine, celle précédant la prise du pouvoir par la dictature militaire (mars 1976). Et autant le dire tout de suite, l’Argentine d’avant la dictature n’avait rien d’un régime ni démocratique, ni tolérant, ni pacifique.

 


Triple A et bureaucratie syndicale contre la militance de gauche

À travers l’histoire tragique de Jorge Fischer et Miguel Angel Bufano, on découvre aussi comment au tournant des années 70 naquit une milice d’extrême droite péroniste, baptisée la Triple A : Alliance Anticommuniste Argentine.

Tout commence à la fin des années 60, qui marque en Argentine la naissance d’un mouvement ouvrier ayant la volonté de faire changer le pays. Ce mouvement, fortement influencé par Mai 68, ainsi que les révolutions tchèques et mexicaines, connaît son premier fait d’armes en 1969 avec le Cordobazo, un mouvement de résistance ouvrière surgi en 1969 dans les usines automobiles de Cordoba.

Vuelve Peron 1973.jpg

Un véritable espoir de changement apparait alors chez les jeunes : Jorge Fischer et Miguel Angel Bufano sont deux des visages de cette effervescence de gauche. L’espoir de changement semble se convertir en réalité lorsque Campora arrive au pouvoir, préparant ainsi le retour de Juan Péron. Mais le Péron qui revient en 1973 n’est sans doute pas celui qu’ils attendaient (pour preuve, le massacre d’Ezeiza qui se produisit le jour même du retour de Perón).

C’est là un des points intéressants du film, montrer l’extrême complexité du péronisme, dont se réclament aussi bien des militants d’extrême-gauche, que des militants d’extrême-droite. Et clairement en 1973, Perón a choisi son camp, celui de l’extrême-droite.

Certaines voix dans le documentaire n’hésitent pas à dire que c’est Perón lui-même qu’on peut considérer comme le père de la Triple A. Bien sûr, il s’agit là d’une lecture forcément politisée, mais qui ne semble en rien incohérente.

 

La Triple A est responsable de la mort de près de 700 personnes pendant sa période d'activité.

 

Autre point réellement fascinant du film, la dénonciation de la « bureaucratie syndicale » en Argentine. Car ce qu’on voit aussi dans « Cuarenta Balas » c’est à quel point Fischer devenait gênant pour les organisations syndicales, notamment dans sa volonté de faire surgir une « Coordination nationale » (évoquée dans son discours à Villa Constitucion, peu de temps avant sa mort). Ce qui ne sera pas sans rappeler le meurtre de Mariano Ferreyra en 2010.

 

Deux portraits émouvants et tragiques

On regrettera peut-être que le film mêle trop de considérations politiques (notamment à travers l'entretien effectué avec le dirigeant actuel du Parti Ouvrier, Jorge Altamira) à des trajectoires singulières et des prises de paroles intimes (celles des épouses des militants tués ou celle du fils de Jorge Fischer).

Fischer Bufano.jpg

 

Mais on retiendra l’histoire de Fischer et Bufano, celle de deux jeunes, ayant abandonné leurs études de médecine pour s’investir pleinement dans le monde ouvrier, en quête d’un monde plus juste. Jusqu’à ce jour de décembre 1974 où la Triple A les séquestre.

Deux jours plus tard, leurs corps apparurent criblés de plus de 40 balles.

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