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10/03/2015

Sécurité à Buenos Aires : que disent les études ?

Une étude de The Economist sortie en février 2015 et largement reprise citait Buenos Aires parmi les 50 villes les plus sûres du monde. Voilà qui devrait rassurer un certain nombre de touristes en partance pour l’Argentine et freiner la paranoïa d’une partie de la population, encouragée par des médias obsédés par la question de la sécurité.

L’étude de The Economist ne peut cependant pas valoir comme référent absolu… Décryptage.

Classement des villes les plus sûres.png


Quelle valeur attribuer à l'enquête de The Economist sur la sécurité dans le monde ?

Il faut tout d’abord signaler que l’étude ne porte précisément que sur 50 villes. Se féliciter de faire partie des 50 villes les plus sûres du monde n’a donc guère de sens puisque seules 50 villes sont étudiées par The Economist !

L’équipe la revue anglaise précise qu’elle a choisi les capitales et mégapoles pour leur « représentativité » (qu’on pourrait sans doute questionner) et pour la disponibilité des données. En ce qui concerne l’Amérique du Sud, on ne voit apparaître ni Bogota, ni Montevideo, ni Quito, ni Caracas, etc. Et pourtant, on peut parier qu’une ville comme Montevideo y aurait figuré en bonne position ! La capitale uruguayenne vient d’ailleurs d’être élue « ville la plus agréable à vivre d’Amérique latine ».

Malgré cette faiblesse évidente, l’enquête offre une lecture intéressante bien qu'incomplète sur les questions de sécurité.


Etude sur la sécurité dans le monde : les critères étudiés

40 indicateurs qualitatifs et quantitatifs ont été pris en compte, chacun réparti dans 4 grandes familles :

 

  • Sécurité personnelle
  • Sécurité des infrastructures
  • Sécurité sanitaire
  • Sécurité digitale

Il faut ici noter que l’étude sponsorisée par NEC, le géant japonais de l’électronique et des télécommunications, fait la part belle à la question de la sécurité digitale.

Quoi de plus logique compte tenu du commanditaire, qui doit d’ailleurs bien se frotter les mains au vu du palmarès de l’étude. En effet, quelle ville se situe-t-elle à la première place ? Tokyo (où NEC a son siège social et réalise sans aucun doute de bonnes affaires en matière de sécurité digitale ;-)

La question de l’usage des technologies dans la matière dont la sécurité personnelle est assurée occupe également un pan non négligeable de l’étude, tout comme la notion plus large de « smart city ». La question est notamment de savoir comment les technologies peuvent contribuer à une meilleure gestion de villes dans un contexte d’urbanisation exponentiel.

Le classement global de l'étude est le suivant :

 

Index Global Sécurité des villes.png

Index global sécurité des villes 2.png

 

Buenos Aires au 31e rang

Pour les pays d'Amérique latine, Buenos Aires se classe 2e juste derrière Santiago du Chili et devant Lima, Rio, Sao Paulo et Mexico. La capitale argentine arrive au 31e rang du classement global (à 8 places de Paris, classée au 23e rang).

Buenos Aires Puerto Madero.jpg

Voici son positionnement sur chacun des critères spécifiques

Sécurité digitale > détermine les ressources utilisées pour protéger les citoyens du vol d’identité et de données personnelles via internet : 30e position

Sécurité sanitaire > mesure l’accès aux soins tout comme les politiques environnementales (en particulier les questions de pollution) : 29e position

Sécurité des infrastructures > évalue l’état des bâtiments et des infrastuctures de transport, ainsi que la capacité des villes à réagir à des catastrophes naturelles. Compte également ici la part de la population vivant dans des bidonvilles : 28e position

 

linea sarmiento once infrastuctures buenos aires.jpg

 

Sécurité personnelle > détermine l’efficacité des forces de police, les mesures de prévention du crime, aussi bien que le nombre de vols et de violences aux personnes et la sensation de sécurité ressentie : 36e position.
C'est sur ce dernier critère que la position de Buenos Aires est donc la moins bonne.

Malheureusement, le livre blanc de l’étude ne donne accès qu’aux tableaux synthétiques et non à l’ensemble des 40 critères étudiés !

 

Comment se situe Buenos Aires dans les autres classements de villes réalisés par The Economist ?

Nous précisons ici le rang obtenu par Buenos Aires sur le nombre de villes étudiées.

Qualité du cadre de vie : 62/140 (1 = la plus agréable)

Coût de la vie : 43/131 (1= la meilleur marché) >> Cette 43e place est étonnante. Quiconque vivant à Buenos Aires dira que les prix pratiqués, notamment en raison de l’inflation, rendent le coût de la vie élevé par rapport au salaire moyen.

Climat des affaires : 70/82 (1= meilleure pour le business) >> Ici rien de surprenant, nous avions déjà évoqué ce point dans une note sur le risque souverain et le risque pays en Argentine.

Index de démocratie : 52/167 (1= la plus démocratique)

Sécurité alimentaire (accès à la nourriture) : 35/107 (1= la plus sûre)


En dehors de sa très mauvaise position sur le climat des affaires, Buenos Aires se retrouve toujours dans la première moitié des classements créés par la revue.

 

La sécurité à Buenos Aires dans d’autres études

Pour être complet, voici d’autres éléments concernant la question de la sécurité des personnes à Buenos Aires.

 

metropolitana Buenos Aires.jpg

 

La CAF vient de sortir une étude baptisée « Pour une Amérique latine plus sûre », où est notamment étudié l’impact de la pauvreté sur la criminalité. El Pais en a tiré une intéressante approche cartographique de la criminalité rapportée à la pauvreté par quartier à Buenos Aires.

Sur la notion de « sensation d’insécurité » vs insécurité réelle, nous vous invitons à consulter l’article suivant, qui fort de nombreuses données chiffrées, cherche à démontrer qu’il existe une véritable « paranoïa ». Même si bien entendu, on ne peut nier l’existence d’actes violents à Buenos Aires, ils sont -selon l’auteur- beaucoup moins nombreux que ne semblent le penser de nombreux Argentins.

Mais là aussi, la prudence est de mise…
Les données du gouvernement sur le nombre d’homicides sont assez régulièrement remises en cause, de nombreux observateurs les considérant sous-estimés. La professeure de philosophie Diana Cohen Agrest est l’une des ces voix qui dénonce des
statistiques de criminalité biaisées.

Sur la question de la sous-estimation de la criminalité, il faut aussi impérativement consulter les données du labo d’investigation sur le crime, les institutions et la politique de l’Université Torcuato di Tella. Le labo publie mensuellement une étude sur les foyers victimes d’un délit dans les 12 derniers mois. En janvier 2015, l’étude révélait que 37,5% des foyers argentins (c’est-à-dire au moins une personne membre du foyer) avaient été victimes d’un délit au cours de l’année écoulée. Ce n’est bien sûr pas rien.

Pour en savoir plus, il est aussi possible de consulter l’étude de la Banque Interaméricaine de Développement sur la criminalité en Amérique latine (un peu ancienne, mais intéressante).

 

Comme souvent, la sécurité et la criminalité se ramènent à une bataille de chiffres et de statistiques. Et tout classement de villes demande à observer de très près à la fois les critères étudiés et la qualité des données utilisées.

Bien sûr, Buenos Aires n’est ni Tokyo, ni Stockholm ; cela étant dit, exceptés quelques quartiers dont on sait qu’il vaut mieux les éviter, la capitale argentine reste globalement sûre. Il est possible et sans problème d’y marcher et de s’y déplacer de jour comme de nuit.

Vigilance et bonnes connaissances de la ville sont également utiles, même si les mauvaises rencontres ne préviennent pas... et dans ce cas, s'il s'agit d'une tentative de vol, le mot d'ordre est simple : ne pas se défendre, tout donner, histoire de ne pas se mettre en danger inutilement.

Pas de parano, mais de la saine prudence sans comportement héroïque !

 

Photo : Isabelle Laumonier

 

 

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