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27/10/2014

À Capilla del Monte, la montagne a un prix…

Et pas seulement celui de la sueur. Dans cette petite bourgade de 12 000 habitants située au nord de la province de Cordoba (à quelque 10 heures en voiture de Buenos Aires), la principale attraction touristique est le Cerro Uritorco. On prétend que ce sommet, à près de 2000 mètres d’altitude, serait le terrain de phénomènes surnaturels : l’Uritorco libérerait des énergies particulières pour certains, leur permettant d’entrer contact avec la Nature et d’ouvrir leurs chakras, pour d’autres le massif serait une base extra-terrestre, une ville souterraine serait même située dans ses entrailles. Beaucoup de mythes, beaucoup de légendes, auxquels la majeure partie des visiteurs donnent du crédit.

 

Mais pour entrer en contact avec son moi profond et atteindre la communion avec le cosmos, il faut aussi savoir ouvrir son portefeuille. 130 pesos (+ 50 pesos de parking) : les sœurs Anchorena auraient-elles donc tout compris du business spirituel ? 

uritorco et gemelas.JPG
Cerro Uritorco à gauche et Gemelas à droite


Le Cerro Uritorco, l’histoire d’une montagne privée

On s’était déjà insurgé sur ce blog contre la démentielle privatisation des terres en Patagonie. Souvent les étrangers sont pointés du doigt, mais c’est oublier que la nation argentine s’est constituée en divisant son territoire gigantesque entre d’immenses propriétaires terriens. Que des lacs, des montagnes, des forêts entières soient privés et accessibles via un paiement, voire inaccessibles, choque sans doute, mais on en a pris l’habitude.

Le cas du Cerro Uritorco n’est donc pas unique, mais particulièrement agaçant. De fait, les sources semblent dire que cela fait des décennies que la montagne est une propriété privée. En 1992, Sonia et Mercedes Anchorena , semble-t-il apparentées à la grande famille Anchorena de Buenos Aires, ont ainsi acheté à la famille Fontaine Silva un terrain de 900 hectares, comprenant les 300 hectares du Cerro.

Massif de granit rose.JPG
Sentier de l'Uritorco

 

Des 1995, elle portait plainte contre un « usurpateur » qui se serait approprié une partie de leurs terres, précisément au pied du Cerro. Celui-ci y avait installé un camping et faisait payer déjà payer l’accès au Cerro. En 2007, au terme d’un long procès d’une décennie et dans un contexte sinistre d’assassinat et viol de touristes par un guide touristique, les sœurs Anchorena redevenaient les gérantes du Cerro ; et bien que la Conmune de Capilla del Monte ait depuis cette même-date tenté de les exproprier, la démarche n’a jusqu’alors pas abouti.

 

Pourquoi l’expropriation devrait-elle être actée ?

Dans de très nombreux cas, des trésors du patrimoine naturel ou culturel doivent leur survie uniquement à des particuliers qui en les acquérant, mènent une politique de protection culturelle, environnementale, etc. Mais ce type de politique ne devrait-il majoritairement incombé aux instances publiques ? Parce que le patrimoine est de tous.

Bien sûr, l’entretien d’une montagne peut avoir un coût. En haute saison, les pentes de l’Uritorco seraient gravies par près de 500 personnes par jour, ce qui peut conduire à une dégradation des sentiers, tout comme à une pollution du site. Un service d’entretien, mené par des professionnels, est donc parfaitement logique, et un prix d’accès compréhensible. Géré par la ville, l’accès au Cerro pourrait même en permettre le développement, Capilla del Monte restant somme doute peu urbanisé (beaucoup de chemins de terre et d’urbanisation chaotique).

Sommet de l'uritorco.JPG
Vue depuis le sommet de l'Uritorco

Lorsque les sœurs Anchorena ont repris la main sur la concession du site, elles s’étaient de leur côté engagées à mettre en place des « normes de surveillance pour garantir la sécurité des personnes » (l’ascension du Cerro, en pleines rocailles, présente des risques de chutes), et assurer la préservation de la faune et la flore locales.

Bilan 2014 : les sœurs Anchorena se mettent dans la poche 50 pesos par voiture garée + 130 pesos pour l’accès au Cerro (à titre de comparaison, l’accès aux chutes d’Iguazu coute 80 pesos à un résident argentin). Un beau butin sans scrupules…

Lorsque l’on demande au vendeur à l’entrée comment se justifie le coût ? Il répond d’un air agacé que c’est une propriété privée et qu’il faut bien payer les salariés… Il devrait un peu nous montrer sa feuille de salaire. Quant à ces fameux salariés, que font-ils ? Pas grand-chose à part gérer la caisse ; et puis il y a quand même un « malheureux » qui tous les jours montent jusqu’au sommet à 15h pédantes, pour faire redescendre tout le monde.

De la conservation de la faune et de la flore, nous ne verrons rien, à part un petit panneau au niveau du refuge (ou l’on peut dormir à 230 pesos la nuit…) pour indiquer « romerillo », seule plante que l’auteur qui avait les yeux bien ouverts a vu présenter durant l’ascension de près de 4h.

Colibri.JPG
Colibri croisé sur les pentes de l'Uritorco

 

Et des oiseaux, des fleurs, des arbres, de la géologie, de l’histoire indienne du territoire, nous ne saurons rien, puisque les seules grandes pancartes visibles le long du trajet ne font que signaler le temps restant jusqu’au sommet.

 

La propriété privée des sites naturels dans son état le plus scandaleux…

 

Photos : Isabelle Laumonier

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