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02/11/2014

Alba, un itinéraire atypique

Alba Capilla del Monte.JPG

À Capilla del Monte, au nord de la province de Cordoba, on peut rencontrer des personnages singuliers attirés par le mystère et la mystique du lieu. Découvrez la trajectoire étonnante d’Alba, arrivée en 2005 à Capilla del Monte pour des vacances… et qui s’y est installée. 

 


 

De la Suisse a l’Australie, en passant par Entre Rios

Ce n’est pas le résultat d’un coup de tête, mais plutôt celui d’un cheminement intérieur qui a un jour conduit Alba à se rendre dans cette petite ville aux pieds du Cerro Uritorco.

Alba est née en 1952 a Colón, province d’Entre Rios, dans une famille d’origine suisse francophone arrivée en Argentine avant la première Guerre Mondiale. Elle passe les cinq premières années de sa vie, au beau milieu de la campagne. La vie est rythmée par les réunions familiales et les balades en pleins champs. « Une époque merveilleuse de ma vie ». Alba grandit entourée de femmes : sa grand-mère, femme à poigne qu’elle appelle « La Francesita » et qui dirige une petite exploitation de 17 ha, sa mère et ses deux tantes.

Jusqu’à ce que sa mère décide de divorcer, un choix mal compris dans un milieu encore assez traditionnel. Pendant quelques années, Alba se partage entre Entre Rios et Buenos Aires où sa mère s’est installée, puis à 10 ans, c’est l’emménagement définitif à Capital.

Les années de l’adolescence ne sont pas forcément celles d’une jeune porteña typique : Alba n’aime pas danser et préfère se plonger dans les livres et dans le ciné. Elle découvre avec ferveur Ettore Scola, Fellini, et dévore Camus, Sartre, ou encore Garcia Lorca.

Puis à 15 ans, une relation de sa mère lui permet d’entrer comme aide-comptable dans un cabinet ; elle devient ainsi indépendante financièrement, tout en poursuivant ses études au lycée. Ce travail, elle le conservera jusqu’à ses 22 ans, âge auquel elle se marie. À l’époque, elle renoue avec ses « racines » francophones en prenant des cours à l’Alliance Française, mais bientôt la naissance de sa première fille, puis la proposition faite à son mari en 1979 de partir travailler en Floride change les cartes du jeu. De Miami, elle ne garde pas un bon souvenir. Trop flash, trop chic, trop urbain… Elle y reste quelques années, puis rentre en Argentine, alors que la démocratie vient de revenir.

En 1988, c’est un nouveau départ. Avec son mari, elle décide de partir pour l’Australie avec leurs désormais trois filles. D’abord établie à Sydney, Alba s’installe dans les Blue Mountains après son divorce en 1991.

En 2005, après avoir passé près de 20 ans outre-pacifique, elle rentre en Argentine pour raisons familiales… et atterrit peu après à Capilla del Monte.

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Coucher de soleil Capilla del Monte

 

Capilla del Monte, un hasard ?

Pas vraiment ! Alba grandit dans une famille athée, mais passe son temps à observer les mouvements du soleil et des étoiles. Avant l’âge de 10 ans, elle lit la vie de Saints qu’elle trouve dans une bibliothèque, et puis à 16 ans, alors qu’elle vient de commencer à travailler comme assistante comptable sur Florida et Paraguay, en plein microcentro de Buenos Aires, sa route croise des hommes tout en blanc. C’est la pleine époque des Hare Krishna. Sa curiosité l’incite à découvrir ce monde empreint de mantras et d’encens.

À partir de l à, s’ouvre pour Alba une voie vers la méditation qu’elle ne quittera plus. Elle se passionne pour les écrits du philosophe indien Krishnamurti, et une fois installée en Australie se forme de manière autodidacte a l’astrologie. À Sydney, elle devient membre de la société théosophique où elle rencontre notamment Radha Burnier. Puis elle découvre bientôt les ouvrages du Brésilien Trigueirinho… et découvre ainsi Capilla del Monte.

Trigueirinho Netto est un penseur brésilien qui s’est fait connaitre notamment en écrivant un ouvrage baptisé « ERKS : monde intérieur ». ERKS désigne une ville souterraine, véritable base extra-terrestre, d’où surgirait une « spiritualité cosmique » (sic…). D’aucuns diront que c’est du charlatanisme pur, mais a Capilla, nombreux sont ceux qui y croient.

ERKS et Angel Cristo Acoglanis

Trigueirihno n’est pas l’inventeur de ERKS. Il est en fait le disciple d’un ostéopathe grec réputé de Buenos Aires, le docteur Acoglanis qui prétendait qu’une cité extraterrestre gisait sous l’Uritorco. Inventeur du langage Irdin, il organisait des sorties nocturnes aux Terrones ou aux Portes du ciel, sites attenants à Capilla del Monte, au cours desquels les participants pouvaient entrer en contact avec des énergies mystérieuses, voire des êtres venus d’ailleurs.

Acoglanis fut assassiné dans son cabinet de Recoleta en 1989 par son meilleur ami Ruben Antonio (frère d’un proche de Perón), qui se rendit aussitôt à la police en déclarant qu’il venait de tuer un sorcier…

 

Quand on demande à Alba s’il n’y a pas des excès de crédulité et des risques sectaires évidents dans ces mouvements spirituels ou ésotériques, elle nous dit qu’elle a su toujours les contourner. Dès qu’une pensée devient un dogme, elle se laisse de nouveau porter par son présent. « La vie est un continuel mouvement ».

Ses filles restées en Australie ne comprennent pas forcément ses choix, mais Alba a le sentiment d’avoir été responsable en leur offrant la meilleure éducation et un bon avenir. Repartir en Argentine, c’était quelque part, reprendre les rênes de sa vie. Et revenir en Argentine après tant d’années passées en Australie, cela n’a-t'il pas été difficile ? Sans hésiter elle répond que « si ». Qu’il a fallu se réhabituer à un monde moins policé, plus désorganisé, à des comportements plus sanguins, des gens moins « simples ». Son « lieu dans le monde », son « home », est bel et bien en Australie.

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Blue Mountains (Australie)- Photo : Hira Junaid

 

Mais pour l’instant, Capilla del Monte a encore beaucoup à lui offrir. Un jour viendra cependant, où elle nous dit qu’elle reprendra son sac à dos et qu’elle repartira, toujours en quête de liberté.

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