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17/04/2014

Dépénalisation de l’avortement en Argentine : pour bientôt ?

aborto legal argentina.jpg

Alors que l’Espagne, à la consternation générale, a récemment annoncé un projet de loi visant à restreindre considérablement le droit à l’avortement, l’Argentine de son côté pourrait après trois décennies de lutte accorder prochainement ce droit… Si de nouveaux obstacles ne viennent pas encore une fois empêcher la loi d’être votée.

[edit 19.04: j'apporte quelques précisions et corrections à cet article, suite aux commentaires d'une lectrice. Merci Géraldine!]


L’avortement en Amérique latine

Jusqu’à peu, aucun pays d’Amérique latine -hors Cuba- n’avait légalisé l’avortement. Les seules conditions éventuelles admises dans certains pays ont trait à des indications médicales particulières concernant la mère (en particulier la santé psychique).

Mais pour d’autres Etats, notamment le Chili, le Salvador ou le Nicaragua, l’IVG est formellement interdite. Ce panorama, fort triste pour la liberté de la femme, a connu un léger changement en décembre 2012, puisque l’Uruguay a été le second pays latino-américain à légaliser l’avortement.

Sur la période décembre 2012-décembre 2013, 6700 avortements ont ainsi eu lieu en Uruguay. Le taux de mortalité dans le cadre de ses IVG légales a été de 0%.

Avorter en Argentine : un chiffre (contesté)

Selon les membres de la Campagne pour l’avortement légal, le nombre d’avortements clandestins en Argentine serait de 500 000 par an, chiffre reposant sur une étude des sociologues Silvina Ramos et Edith Pantelides

Cette estimation très élevée est constamment dénoncée par les groupes catholiques pro-vie, qui s'appuient sur ce qu'ils jugent une profonde exagération, pour décrédibiliser la campagne.

Une chose est sûre toutefois : la pénalisation de l’avortement en Argentine conduit régulièrement à des situations tragiques : adolescentes violées obligées de garder l’enfant (quel que soit leur âge), jeune femme tuant son nourrisson –résultat d’un viol- à la naissance, etc.

Les évolutions récentes

derecho de las mujeres.jpgLe 9 avril dernier, la Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit, a de nouveau présenté devant la chambre des députés son projet de loi d’IVG. 60 députés de tous bords politiques ont fait part de leur soutien à cette initiative.

Le projet consiste à légaliser l’avortement durant les 12 premières semaines de grossesse, voire au-delà si la santé de la mère est en danger, si la grossesse résulte d’un viol, ou si le fœtus présente de graves malformations.

L’objectif est de faire ratifier cette loi durant la session parlementaire.

Une chose est certaine : l’Argentine manque très cruellement de programmes d’éducation sexuelle et de distribution gratuite de contraceptifs, et ce même si des lois existent visant à les favoriser. Le nombre de très jeunes filles mères en est le triste résultat.

 

Reste donc à savoir si cette nouvelle tentation de projet de loi initié par la Campagne atteindra cette fois-ci son but.

 

 

Commentaires

Quelques petites précisions pour compléter ce billet : ni le Brésil, ni le Paraguay, ni le Venezuela n'interdisent totalement l'avortement. Les pays qui l'interdisent totalement sont le Chili, le Salvador et le Nicaragua.

L'Uruguay n'est pas le premier pays latino-américain à légaliser l'avortement : Cuba l'a fait bien avant.

Le chiffre de 500.000 avortements n'est pas gonflé. Il provient d'un étude très sérieuse réalisée par des sociologues de renom, Silvina Ramos et Edith Pantelides, dont vous pouvez retrouver les principales données ici : Mario, Silvia. Pantelides, Edith, « Estimación de la magnitud del aborto inducido en la Argentina », CEPAL. Notas de población n°87, 2006.

L'avortement étant une pratique illégale, il est évident que le chiffre exact n'est pas connu et qu'il ne peut s'agir que de projections selon un certain nombre de données. Mais selon cette étude, le nombre d’avortements provoqués estimé oscille entre 371 965 et 522 216 par an.

Enfin, le projet de loi présenté par la Campagne nationale n'est pas nouveau : c'est le même projet présenté pour la... cinquième fois depuis 2007. Il n'a jamais dépassé jusqu'ici le stade des commissions et n'a jamais été débattu dans l'hémicycle. Les député-e-s attendent simplement qu'il périme... D'où la nécessité de le re-présenter à chaque fois...

Par ailleurs, l'Argentine est un des rares pays à avoir des lois très progressistes concernant l'éducation sexuelle (loi de 2006 instituant l'éducation sexuelle intégrale, où l'on parle même de genre et tout et tout !) et la contraception (loi de 2002 selon laquelle toutes les méthodes de contraception -pilules, DIU, préservatifs,...- sont gratuites pour tout le monde). Le problème, c'est que ces lois ne sont pas appliquées. Mais elles existent.

Pour finir, la lutte pour la légalisation de l'avortement n'a pas dix ans en Argentine, mais presque trente (au retour de la démocratie). La Commission pour le droit à l'avortement a par exemple été créée en 1987.

Bien cordialement.

Écrit par : Géraldine | 18/04/2014

Bonjour Géraldine,

Merci pour votre message et toutes les précisions qu'il inclut. J'ai modifié mon article, en tenant compte de la quasi-totalité de vos remarques.


Concernant le chiffre de 500 000 avortements/an, malgré le sérieux de l'étude dont il provient, je reste sceptique à titre personnel.

En 2012, 738 000 naissances ont été enregistrées en Argentine (http://es.wikipedia.org/wiki/Demograf%C3%ADa_de_Argentina). Il me semble difficile d'imaginer que le rapport entre avortement et naissance soit de quasi 2/3.

Pour autant, comme vous l'aurez compris, je soutiens totalement l'initiative de la Campagne !

Bien à vous, Isabelle

Écrit par : Isabelle | 19/04/2014

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