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12/12/2013

Pillages en Argentine : quelles sont les causes ?

9 morts et des centaines de blessés, c’est le bilan actuel de la vague de pillages qui secoue l’Argentine en ce mois de décembre. Un bilan humain particulièrement intolérable pour ces « incidents » qui soulèvent l’indignation, la colère, la tristesse… et aussi bien des questions.

Qui sont les pilleurs ? Quelles sont leurs motivations ? Le contexte économique « complicadissimo » est-il en cause ? Y’a-t-il une manipulation politique derrière ces pillages ?

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Les « saqueos », un phénomène argentin

Commençons par mettre un peu de perspectives… Les pillages (« saqueos » en espagnol) sont un phénomène récurrent en Argentine. Si d’aucuns se souviennent des vagues violentes de pillages de 1989 et 2001, directement liées à la déroute financière du pays, il faut savoir que le pays est coutumier des actes de vandalisme et de vols en groupe dans les commerces…

L’approche de Noël et des fêtes semblent en effet une excuse parfaite pour aller faire ses emplettes le visage masqué…

En décembre 2012, les pillages avaient déjà fait la Une avec des violences importantes à Bariloche. Mais si l’on se renseigne un peu dans les supermarchés autour de Buenos Aires, les pillages seraient presque un rituel de décembre

À quoi attribuer les pillages ?

Bien sûr, certains rejettent la faute sur l’inflation galopante et la situation économique très tendue : les classes les plus précaires seraient ainsi tentées de piller pour compenser la faiblesse de leurs revenus. Toutefois, les images qui ressortent le plus souvent des pillages montrent des vols d’écrans LCD et autre matériel hi-fi, dont on se doute bien sûr qu’ils n’ont rien à voir avec les besoins élémentaires.

Le contexte particulier des saqueos de 2013

Ce mois-ci, les pillages ont tout de même un arrière-goût particulièrement amer… Ils sont en effet intervenus presque systématiquement dans un contexte de grève des polices locales.

C’est à Cordoba que les pillages ont commencé, alors que les policiers s’étaient mis en grève pour réclamer des augmentations salariales… Et quelles augmentations salariales ! Les policiers cordobés ont ainsi obtenu un salaire de base (pour les policiers de plus bas rang) de 8000 pesos + 2 primes de 2000 pesos chacune pour décembre 2013 et janvier 2014 (pour « frais d’uniforme » !!)… arrivant de fait à un salaire annuel de 12 000 pesos.

Sur cette lancée, les policiers de Santa Fe, Entre Rios, Rio Negro, Tucuman et du Chaco ont également exigé des augmentations, aboutissant à de nouveaux pillages aux conséquences fatales. Dans presque tous les cas, les salaires de base obtenus se situent entre 8000 et 12 000 pesos.

Dans un pays où le salaire minimum est fixé à 3300 pesos (augmentation prévue à 3600 pesos au 1er janvier 2014), où le salaire moyen des employés déclarés se situe environ à 7000 pesos,… et où la population travaillant au noir (soit près de 50 % !), peinerait à gagner 3000 pesos mensuels, les salaires obtenus par les policiers paraissent particulièrement indécents.

D’autant plus, lorsque l’on connaît le niveau de corruption de la police argentine et ses terribles habitudes de répression violente

Mouvement spontané ou organisé ?

La question est aussi de savoir si ces pillages résultent d’actions spontanées ou programmées par des groupes de pression, des opposants au pouvoir, etc. Le Front pour la Victoire (parti de Cristina Kirchner) a toujours dénoncé lors des pillages des années précédentes, des manipulations, des événements pensés et dirigés par l’opposition afin d’affaiblir le gouvernement.

Il en va bien sûr de même cette année. Dès les premiers incidents violents de Cordoba, CFK a condamné des faits qui selon elle, ont été planifiés avec une « précision chirurgicale ». 

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Aujourd’hui, c’est le prix Nobel de la paix argentin, Adolfo Perez Esquivel, qui a dénoncé dans les colonnes de Pagina 12 une situation « orchestrée et manipulée », ayant comme intention de faire fléchir et flancher le pouvoir en place.

Et ce qui est sûr, c’est que les critiques ne cessent de pleuvoir sur le gouvernement Kirchner…à qui l’on reproche notamment d’avoir fêté avec force flonflons les 30 ans de la démocratie argentine, alors que les provinces s’enflammaient. Que les incidents soient orchestrés est une chose, ne pas prendre leur mesure et l’attitude adaptée en est une autre…


Résultat, sur Facebook et sur Twitter, les pillages ont entraîné des réactions déchaînées (#saqueos, #tucuman…). Les mois à venir s’annoncent bien difficiles pour Cristina Kirchner.

Quant à la vague de pillages, elle semble pour l’instant calmée, les policiers ayant obtenu gain de cause et repris du service sur la voie publique…

 

CFK saqueos ironico.jpg

 

 

  • Sur la corruption de la police en Argentine :

http://www.eldiplo.org/la-corrupcion-policial?token=&nID=1

http://internacional.elpais.com/internacional/2012/01/26/actualidad/1327604762_077878.html

 

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