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16/11/2013

L'Argentine et Monsanto : amour, haine et gros sous

Difficile de parler de manière neutre de Monsanto, cette multinationale combien de fois montrée du doigt, accusée, vilipendée… Cette «  diabolisation » ne sort toutefois pas de quelques esprits échauffés, mais de faits bien réels. Marie-Monique Robin avait été précurseur avec son documentaire « Le monde selon Monsanto » ; aujourd’hui penchons-nous sur Monsanto en Argentine, à l’occasion d’un article édifiant publié par le Concord Monitor (et traduit en français par Novopress).

No a los OGM_Argentina.jpg



En substance, l’article détaille les innombrables problèmes de santé recensés dans deux provinces argentines, où sont utilisés les pesticides Monsanto sans contrôle aucun semble-t-il.

Que ce soit à Entre Rios ou au Chaco, les journalistes qui ont mené l’enquête ont interviewé et photographié des familles et des associations qui luttent inlassablement pour que soient reconnus les effets dramatiques des pesticides.

« Dans la province de Santa Fé, Coeur de l’industrie du soja, les taux de cancer sont 2 à 4 fois plus élevés que la moyenne nationale. Dans le Chaco, la province la plus pauvre du pays, les enfants ont 4 fois plus de risques de naître avec des troubles congénitaux dévastateurs ».

Monsanto a bien sûr nié les faits reprochés dans l’enquête.

Quoi qu’il en soit, on peut se demander comment il est possible de lutter contre Monsanto, dans un pays où les OGM sont autant répandus… et représentent surtout des ressources financières colossales ?


Monsanto et son image institutionnelle

Si l’on regarde le film institutionnel de Monsanto, on est frappé par la clarté du discours (la manipulation des cerveaux ?). Intitulée en espagnol « Monsanto Sustentable », la vidéo montre une mère nature généreuse (« home ») et verdoyante ; « on respire l’air, on sent la planète bouger avec nous »… Mais bien sûr, cette image presque édénique est troublée par quelques faits incontournables :

  • La population croissante et ses besoins alimentaires
  • Les pays « sous-développés » où la famine est encore un lieu commun.

Film-institutionnel-Monsanto.png

Alors bien sûr, il n’y a qu’une solution : Monsanto, qui avec ses innovations agricoles, permet de « protéger et préserver notre planète », tout en améliorant le quotidien de millions d’êtres humains. Une bien belle mission…

 

Monsanto en Argentine

La firme de Saint-Louis est installée depuis 1956 en Argentine ; elle avait alors une usine de plastique à Zarate, dans la province de Buenos Aires. Dans les décennies qui ont suivi, Monsanto s’est spécialisée dans la biochimie et a peu à peu développé des engrais et semences que les agriculteurs se sont arrachés.

Dans une infographie animée créée pour le marché argentin (Compromiso Monsanto Argentina), on retrouve la même mécanique démonstrative imparable.

+ d’humains > + de nourriture > nécessité d’une production plus optimale

Ce qui passe forcément par la « domestication et l’amélioration des espèces ». Au passage, Monsanto promet que grâce à ses innovations, on peut réduire l’utilisation des produits agrochimiques… un comble.

OMG_Argentina.jpg


Cette infographie donne d’ailleurs quelques données intéressantes sur la poussée phénoménale des OGM : en 1996, 1, 7 million d’hectares étaient plantés avec des OGM dans le monde ; en 2011, on estimait que les cultures d’OGM occupaient 160 millions d’hectares.

Là où Monsanto fait mouche, c’est bien sûr sur l’impact économique que peuvent avoir les OGM dans le pays : en 2010, les bénéfices économiques de l’agriculture en Argentine s’élèvent ainsi à  148 milliards de $, soit 56% des devises et 33 % du PIB.

Soja, maïs, coton, viandes, etc… le poids des matières premières agricoles est trop important dans la balance commerciale Argentine, pour que l’on renonce facilement à des produits chimiques qui permettent d’augmenter de manière considérable les rendements.

Impossible d’aller au choc frontal, quand des enjeux aussi colossaux sont dans la balance.


L’opposition à Monsanto en Argentine

C’est un petit détail, mais il vaut la peine d’être souligné. Sur toutes les vidéos YouTube de Monsanto (pour quelque pays que ce soit), les commentaires sont désactivés. Pas folle, la mouche… Mieux vaut éviter les agressions publiques marquées dans le marbre du Net.

De la même manière, la rubrique presse du site argentin de Monsanto ne relaie quasiment que des bonnes nouvelles, et jamais les procès et actions qui sont intentés contre ses activités. À une exception près : ce 6 novembre 2013, Monsanto a publié un communiqué de presse intitulé « No a la violencia », dans lequel elle condamne fermement l’irruption « sauvage » de quelques militants dans une salle de faculté, où des salariés donnaient une conférence sur ses activités. Il faut voir la vidéo pour comprendre l’aspect ridicule de la plainte…

Cette « manifestation » locale rappelle qu’en Argentine, ils sont nombreux les membres de la société civile qui cherchent à éveiller les consciences et susciter des débats de fond sur les OGM, les pesticides, etc.

 

sofia-gatica_contra-monsanto.jpg
Sofia Gatica - Photo du site El cientifico Juan

Sofia Gatica est une des figures de ce mouvement. Touchée personnellement par un drame attribué au pesticide (la mort de son nouveau-né), elle s’est engagée inlassablement contre les pratiques d’épandage « sans foi ni loi » des produits agrotoxiques. Avec son collectif, les Mères d’Ituzaingo, elle est parvenue à obtenir un premier jugement historique en 2012 : un agriculteur et un pilote ont ainsi été reconnus coupables de « pollution environnementale frauduleuse ».

Distinguée par un prestigieux américain, le Goldman Prize, Sofia Gatica continue son combat contre les produits agrochimiques… et leurs producteurs multimilliardaires, dont Monsanto est l’exemple le plus significatif.

Après l’application de l’interdiction (depuis juillet 2013) de l’endosulfan, un pesticide dont les effets néfastes ont été reconnus au niveau mondial, les Mères d’Ituzaingo espèrent désormais pouvoir obtenir une interdiction des glysophates.

 


… Monsanto a aussi ses défenseurs : ne parlons pas des exploitants agricoles (à qui profite le « crime »…), mais plutôt des salariés. En novembre 2012, Monsanto a reçu le titre de la 3e entreprise où il fait « bon travailler » en Argentine. Plus étonnant encore, Monsanto arrive 6e en 2013 du classement des entreprises de rêve où les jeunes veulent travailler

 

Empresa_suenos_argentina_2013.jpg

Source : Compania de Talentos


Commentaires

Votre article est très bon! Je suis moi-même très inquiète par tous ces pesticides. Il y en a dans les fruits, dans les légumes. Je mange une pomme et j'ai l'impression d'avaler des pesticides. Il y en a partout. Votre article ne me rassure pas. Il y a des gens sur la terre qui sont capables de tous nous sacrifier, de détruire la nature, pour de l'argent. Quand je pense à cela, je deviens vraiment très triste. Merci pour votre blog ! Je vais laver encore davantage mes pommes avant de les manger. Même si ça ne sert à rien, car les pesticides s'incrustent et ce n'est pas un peu d'eau qu'il vont les enlever. Même en frottant fort, même en frottant longtemps. Et puis de toute façon, il y a des pesticides dans l'eau. C'est un cercle vicieux. Nous vivons vraiment dans un monde impossible. Merci pour votre article ! Merci ! J'aime beaucoup ce que vous faites.

Écrit par : Jeannette | 18/11/2013

Dites-moi Jeannette, vous m'avez l'air pas mal allumée avec votre histoire de pomme. Est-ce que vous lavez les bananes aussi ?

Écrit par : Didier | 18/11/2013

Dis-moi Didier, tu manges la peau des bananes ?

Écrit par : pierre | 05/01/2014

Les commentaires sont fermés.