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23/03/2014

La question des terres en Patagonie - L’enjeu de l’eau (2e partie)

L’un des vrais plaisirs du touriste (et bien sûr des habitants) de Patagonie est de pouvoir profiter de ses incroyables paysages, en se baladant au bord des lacs et rivières, mais aussi de pouvoir s’abreuver auprès de presque tout ruisseau, torrent, lac… Dans le Parc National des Glaciers notamment, l’eau de source coule à flot ! Autre plaisir indissociable de l’eau en Patagonie : la pêche. Les rivières regorgent de truites, de saumons chinook, de pejerrey…

Problème : les torrents, fleuves, lacs ou même glaciers sont parfois des propriétés privées. Une aberration qui va contre la loi, mais qui se multiplie malgré tout !

Fitz Roy Face Nord.JPG


L’eau, l’un des biens les plus précieux de Patagonie

Comme d’autres ressources naturelles, l’eau est au cœur de nombreux conflits, pour une raison très simple : c’est une ressource vitale.

Or la Patagonie contient des réserves incalculables d’eau douce, importante pour le maintien de nombreux écosystèmes et propre à la consommation humaine. S’il n’est pas question pour l’heure de conflits territoriaux liés à l’eau (bien que les relations avec le Chili en Patagonie aient souvent été tendues), la question qui se pose est celle de la privatisation de l’eau.

 

Ce que dit la loi argentine

La loi est très claire : les fleuves, les lacs et leurs rives font partie du domaine public (article 2340 du Code civil argentin).

Mais encore une fois, la loi ne cesse d’être bafouée. Reprenons la zone citée en exemple dans le précédent article : la route entre El Calafate et El Chaltén. Dans cette zone, on retrouve les deux plus grands lacs de Patagonie : le lago Argentino et le lago Viedma. Serpentent également dans cette même région le rio de las Vueltas, qui vient se jeter dans le Rio Santa Cruz.

Et que constate-t-on en empruntant cette route si touristique ? Que les rives des lacs, aussi bien que celles du fleuve sont dans la grande majorité des cas absolument inaccessibles, puisque situées derrière des barrières de barbelés. Les propriétaires de ces terrains, contrevenant sans scrupule à la loi, ne prévoient aucun accès à l’eau depuis leurs terres. A l’heure actuelle, on estime que 35 fleuves, rivières ou lacs ont été privatisées en Argentine.

Lago del desierto Patagonie.jpg
Lago del Desierto - El Chaltén

 

Alors, si je compte me promener au bord de l’eau ou aller pêcher, je fais quoi ?

Dans certains cas toutefois, l’administration des Parcs Nationaux intervient pour rétablir l’accès à l’eau, comme cela a pu être le cas en certains emplacements du Nahuel Huapi (Bariloche).

 

La fronde des pêcheurs

Très souvent, les premiers à réagir face aux fermetures d’accès des fleuves et lacs sont les pêcheurs, qui ne peuvent plus pratiquer leur sport à leur guise. Certains diront que c’est peut-être un bien, car cela évite la surpêche dans les rivières ; toutefois, il s’agirait là d’une courte vue.

En Patagonie, du fait de la privatisation des terres, certaines zones de pêche appartiennent désormais à une poignée d’individus, qui comptent bien ne pas les partager. C’est le cas du fameux Lago Escondido, situé sur des terres appartenant au financier anglais Joe Lewis.

Un pêcheur sportif, habitant d’El Chaltén, nous a également rapporté que les rives du Rio Gallegos étaient de moins en moins accessibles.

 

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Pêcheur à la mouche El Chaltén

 

 

Il faut lire la belle et juste intervention de Diego Flores, dans un congrès concernant les bords de rivières et de lacs en Argentine. Comme il le souligne (l’intervention date de 1996), reprenant un biologiste du Montana, les rivières risquent de rentrer progressivement dans l’ « ère des grands propriétaires », où des particuliers aux fortunes colossales auront désormais l’accès unique à l’eau….et le défendront coûte que coûte.

En 2006, un fait divers tragique a souligné la violence qui peut parfois s’exercer de la part des intérêts privés. Un jeune pêcheur, Cristian Gonzalez, s’était aventuré sur les rives du lac Lolog (San Martin de los Andes), proche de berges appartenant à un complexe touristique privé. Il a été abattu par le garde du complexe.

 

L’eau potable en jeu

Au-delà de l’accès à l’eau pour des raisons touristiques/ récréatives, le vrai enjeu en Patagonie reste la privatisation de l’eau potable. La valeur de l’eau potable ne peut être négligée par le gouvernement. Or de fait, voilà bien deux décennies que des terres comprenant des sources (soit des glaciers, soit des rivières, soit des lacs…) sont vendues à des intérêts privés sans rechigner.

Si vous partez faire du trekking dans les Parcs Nationaux, profitez bien de l’eau des torrents, elle est évidemment gratuite. Mais pour encore combien de temps ?

 

Photos: Isabelle Laumonier

Commentaires

C'est une honte, le problème est simple: l'état ne fait pas respecter la loi et est corrompu, à l'avenir ils payeront chère ces erreurs.

Écrit par : jc | 20/02/2015

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