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10/09/2014

Il faut sauver la Confiteria del Molino !

C’est un géant désolé, en plein cœur de Buenos Aires, à deux pas du Congrès. Sa carcasse noircie est triste et ses ailes depuis bien longtemps ne tournent plus. La Confiteria del Molino n’est plus que l’ombre dévastée de sa splendeur passée…

L’ « abandon » de ce monument situé sur la Plaza de Mayo, face au Parlement national et au Sénat, semble le témoin déprimé d’un certain immobilisme dont souffre l’Argentine. Alors qu’une expropriation est revenue récemment à l’ordre du jour, revenons sur l’histoire de ce monument incontournable du patrimoine architectural de Buenos Aires.

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Le Congrès et la Confiteria del Molino (à droite)


Un mythe gourmand de la Belle époque porteña

C’est le début du 20e. La capitale argentine est en plein essor ; de nombreuses vagues d’immigrés en font peu à peu l’une des villes les plus riches et plus peuplées d’Amérique latine. Les Italiens sont présents en nombre dans de nombreux secteurs de l’industrie. Cayetano Brenna, pâtissier réputé, décide alors de faire construire une confiteria (salon de thé) sur l’une des places les plus prestigieuses de la ville, la Place de mai. Il veut le monument à la fois brillant et imposant.  Il sera l’un des édifices les plus hauts de la ville.


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Carte postale d'époque montrant la Confiteria en construction

Pour la réalisation du bâtiment, il fait appel à Francisco Gianotti, autre argentin d’origine italienne. On ne lésine pas sur les matériaux, qui arrivent tous d’Italie : les colonnes seront en marbre, les bas-reliefs en bronze, les céramiques dorées à l’or fin. Portes, fenêtres et vitraux sont aussi du voyage.

Le bâtiment inauguré en 1916 est un hymne à l’Art Nouveau. L’aiguille qui surplombe le toit représente une véritable prouesse architecturale pour l’époque. Bientôt tout le monde se presse pour déguster un panettone ou un saint-honoré dans les Salons de la Confiteria.

La belle histoire prend fin quelque 80 ans plus tard en 1997, lorsque la Confiteria est contrainte à la cessation d’activités. Le paradoxe est que cette même année, le bâtiment est déclaré monument national (Décret 1110/97).


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Détails de l'intérieur de la Confiteria (source: Afterlife)

 

 

La longue agonie du « Moulin »…

Guerre de succession entre les héritiers regroupés dans la société « Nietos de Cayetano Brenna SA », dette fiscale et demande d’indemnisations de la part des employés qui sont partis lors de la faillite en 1997, signent la « condamnation » de la Confiteria. Non seulement le bâtiment ressemble bientôt à une épave à la dérive, mais vite de grandes portes en fer viennent en bloquer l’accès de manière autoritaire.

Le conflit s’enlise, les propriétaires semblent quasi injoignables (il semble même difficile de savoir qui ils sont vraiment, comme le relate le journal Diario Z), et ce témoin flamboyant de l’Art nouveau argentin est peu à peu abandonné à lui-même.

Facundo De Almeida, spécialiste de la gestion culturelle et de la conservation du patrimoine, estime dans Diario Z que ce que veulent les propriétaires « c’est que le bâtiment se détériore suffisamment, jusqu’à n’être plus protégé par le décret faisant de lui un monument du patrimoine national, de façon à pouvoir disposer à leur guise de la parcelle de terrain ».

L’angle de Callao et Rivadavia est en effet valorisé à des millions de dollars. Raser la confiteria et vendre le terrain à un promoteur serait donc sans aucun doute une affaire très juteuse…

Pour faire revivre le bâtiment, la société civile se mobilise fortement depuis déjà plusieurs années. Une association baptisée « Pour que soit restaurée la Confiteria del Molino » œuvre ainsi depuis 2010 pour le sauvetage du bâtiment, mais ses actions n’ont jusqu’à présent pas permis qu’évolue le destin du géant désolé. Plusieurs universitaires, professeurs d’architecture, se battent également pour la rénovation de la Confiteria.

Un documentaire qui sortira au Cinéma Gaumont le 18 septembre et intitulé « Les ailes du moulin » retrace le destin hautement compliqué du bâtiment ; la parole y est donnée à de nombreuses personnes qui luttent pour faire évoluer la situation… Plus insolite : on y découvre que les parties supérieures de la Confiteria sont squattées.

 

Et que dit le gouvernement dans toute cette histoire ? Les Sénateurs et députés qui passent chaque semaine au pied de la Confiteria ne se posent-ils donc pas la question du patrimoine ? Certains, si. De fait, les députés Samuel Cabanchik et Teresa de Anchorena luttent depuis plusieurs années pour faire voter une loi d’expropriation du bâtiment. Mais jusqu’à présent, c’est l’immobilisme qui a triomphé. 2006, 2009, 2010… Les projets se succèdent et se cassent les dents.

 

Une lueur d’espoir ?

En juin dernier, Samuel Cabanchik a déposé un nouveau projet de loi visant à déclarer le monument d’utilité publique et ainsi permettre son expropriation. Le projet rappelle l’importance patrimoniale, tout autant qu’historico-politique, du bâtiment, où se sont succédé tous les grands noms de la scène culturelle et politique argentine.

Concrètement, le pouvoir exécutif deviendrait propriétaire dans un premier temps de la Confiteria, avant de transférer cette propriété au Congrès. Une commission serait ensuite créée pour administrer le bâtiment.

Fin août, le projet d’expropriation semble avoir connu une avancée favorable et quelques voix parlent déjà d’une possible réouverture en 2016, pour fêter le Bicentenaire de l’Indépendance.

 


Une curiosité : Le clip de Madonna "Love don’t live here anymore",
réalisé en 1996 par Jean-Baptiste Mondino et tourné à la Confiteria del Molino

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