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26/01/2014

Puerto Madero, la folie Menem

Un samedi, une flânerie tranquille le long des bassins de Puerto Madero. Les touristes et les Porteños (beaucoup de sportifs en rollers !) sont au rendez-vous. À la tombée de la nuit, bars et restaurants commencent à s’animer ; les flashs crépitent autour du Puente de la Mujer, de la frégate Sarmiento et des immeubles dignes du skyline new-yorkais.

Difficile d’imaginer aujourd’hui la polémique provoquée par la construction de Puerto Madero dans les années 90. Retour sur le projet pharaonique d’un président aujourd’hui honni.

Puerto Madero été.JPG


Carlos Menem, le symbole d’Argentine des 90’s

Carlos Menem est élu président de l’Argentine en 1989. Ce péroniste arrive au pouvoir alors que le pays vient de traverser une grave crise d’hyperinflation. Sous son mandat, tout change : il mène une politique libérale, marqué par des privatisations à tour de bras et surtout par l’équivalence peso / dollar.

Cette dollarisation de l’économie se produit en 1992 : concrètement, elle signifie qu’ 1 peso argentin vaut autant qu’1 dollar américain. Pour les 7 années de gouvernement Menem qui suivent, cette décision monétaire va conduire à une vraie mégalomanie de la part du président. L’Argentine, soudain propulsée au rang de pays riches, entame des projets somptuaires, dont Puerto Madero est sans aucun doute la meilleure illustration.

 

Puerto Madero, le port qui avait tout faux…

C’est à la fin du 19e siècle qu’est décidée l’implantation d’un tout nouveau port derrière la Casa Rosada. Le projet confié à Eduardo Madero est cependant un échec total. En 1898, lorsque le projet portuaire s’achève, la capacité des bateaux a déjà considérablement augmenté, et Puerto Madero n’est pas apte à leur offrir l’ancre… Dès lors, le quartier de Puerto Madero entame sa traversée du désert. Abandonné, ce port orphelin se transforme en véritable no man’s land, et ceci à deux pas du palais présidentiel.

Puerto Madero avant les années 90.jpg
Photo du site puertomadero.com

 

La résurrection sous Menem… à quel prix !

Mais c’était sans compter sur Menem. Alors que le pays est pleines réformes libérales, il fonde une société dont le but est de créer un tout nouveau quartier sur les ruines de l’ancien port. Il vend peu à peu les parcelles à des investisseurs privés, et bientôt c’est la naissance du 47e barrio de Buenos Aires.

Entre 1993 et 1998, le projet attire les investisseurs privés à hauteur de 2 milliards de pesos (soit 2 milliards de dollars !). Menem veut faire de Puerto Madero le symbole de la nouvelle Argentine : riche, douée des meilleurs architectes et ingénieurs, moderne et prête à défier le monde.

Puerto Madero bite d'amarrage.JPG

 

La polémique Puerto Madero

Mais le projet a depuis le début de très nombreux détracteurs. Non seulement, il consacre la politique ultra-libérale du président avec des terrains publics vendus à de très riches investisseurs privés, mais il soulève aussi de nombreuses questions d’urbanisation : quid des transports publics pour arriver à Puerto Madero ? quid de la fameuse ouverture sur le fleuve ? (Buenos Aires cherche à échapper à sa fameuse réputation de ville qui tourne le dos au fleuve) Quid des habitations à Puerto Madero ? (qui allait donc pouvoir se payer le luxe de vivre dans ce nouveau barrio 5 estrellas).

À l’inauguration officielle de Puerto Madero en 1998, il est difficile de savoir ce que le quartier deviendra…

puerto madero by night.jpg

 

Et aujourd’hui Puerto Madero, c’est quoi ?

Côté population, c’est le flop ! Trop cher, pas assez connecté, Puerto Madero peine à se trouver des habitants… En 2012, la direction des statistiques de Buenos Aires estimait à un peu plus de 6 700 les habitants du quartier, loin de 15 000 escomptés lors de la création du quartier.

Côté business, le quartier cependant continue de prospérer : les tours continuent d’être construites (mais pour qui donc ? Certains disent que les investisseurs de Puerto Madero lavent de l’argent sale…) ; et la clientèle d’affaires y prend ses habitudes.

Quant aux touristes et aux Porteños, ils apprécient cet îlot de paix pour leur week-end. Le musée Fortabat, tout comme la frégate Sarmiento reçoivent de nombreux visiteurs, et les bars et restos, malgré leurs prix élevés affichent encore complets. Quant aux hôtels 5 étoiles, ils fleurissent et font toujours parler d’eux…

On vous parlera bientôt dans les Chroniques du Faena, dont l’histoire est tout aussi intéressante que celle de Puerto Madero !

 

 

Photos de l'article (sauf spécifié) : © Isabelle Laumonier

 

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